• 01 / Aug / 2021
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LES POUPEES DE FERTILITE ASHANTI

Le peuple Ashanti est un peuple africain de la région centrale du Ghana, régit traditionnellement par un roi appelé Asanthehene. Les prêtes ashanti, quasi divinisés, sont en permanence en connexion avec l’au-delà, dont ils peuvent instantanément décrypter les messages divins. Les Ashantis croient en l’existence de sept âmes, correspondant à chaque jour de la semaine. Ainsi, on donne le nom du jour de la semaine au bébé qui vient de naître. Les Ashantis croient également à la réincarnation : l’âme repart vers le Créateur. La lignée patriarcale réside chez les ancêtres, tandis que le lien matriarcal ne réside que par le lien du « sang ». Un enfant peut devenir une personne identique sans vraiment l’être par rapport à un défunt (souvent l’enfant porte le nom et prénom du défunt).

La fécondité féminine est la base de la société africaine assurant , au delà de la famille, la continuité et la survie de la communauté. Les cultes ayant pour but la fécondité des femmes sont donc nombreux, et pour favoriser la grossesse et surtout afin qu'elle se déroule sans problème, les représentations stylisées féminines sont souvent utilisées. La plus connue d'entre elles est la poupée de fertilité du peuple Ashanti (Ghana) communément appelée Akuaba. Elles représentent de façon très explicite les formes du corps féminin . La composition de ces statuettes est toujours la même : une tête en forme de disque surmontée d'un long cou annelé et d'un corps schématique et de forme cylindrique avec des seins saillants. Deux prolongements horizontaux, plus ou moins coniques figurent les bras. Elles sont souvent ornées de perles. Poupées réputées pour favoriser la fertilité des femmes, elles sont portées dans le dos par les jeunes filles  avant le mariage et elles les emportent au domicile conjugal après celui-ci afin de favoriser le destin et d'assurer une progéniture à leur époux. Il s'agit de poupées, ou plus précisément d'effigies sacrées, "liturgiques" qui représentent la beauté féminine. Elles sont sculptées avec un grand soin, parées d'ornements et même habillées. Selon les ethnies, leur rôle peut parfois être sensiblement différent : ainsi, aux Akwaba des Ashanti et des Fante, on demandera d'accompagner la grossesse jusqu'à son terme. Les femmes enceintes les portent sur le dos, enroulées dans leurs vêtements. Leur fonction est également de favoriser la naissance d'un bel enfant qui aura les qualités esthétiques de la statuette : une belle tête, un long cou etc... Après avoir joué leur rôle, les Akwaba sont souvent placées sur les autels dressés à la mémoire des ancêtres. 

Les poupées de fertilité Akwaba sont très répandues et recherchées pour leur vertues protectrices (certaines sont vendues par des artisant pour la bagatelle de 500euros). Et de plus en plus de femmes, africaines ou d'origines occidentales s'en procurent parfois par croyance en leur pouvoir ou parfois par passion de l'art africain.

L'origine de la poupée Akwaba remontent à il y a très longemps, une jeune femme Ashanti nommée Akua ("née un mercredi") avait des difficultés à avoir un enfant (Ba). Elle alla consulter le guérisseur de son village qui lui recommanda de se faire sculpter un petit enfant de bois et de le porter, le nourrir, le traiter comme elle l'aurait fait avec un enfant de chair et d'os. Elle devint ainsi l'objet des railleries des villageois qui la croyait folle. En l'apercevant avec sa poupée de bois sanglée sur son dos, les villageois la pointaient parfois du doigt en se moquant  "regarde l'enfant d'Akua !" (Akua Ba). Mais Akua devint enceinte et donna la vie à une petite fille pleine de santé.

Son succès encouragea les autres femmes ayant les mêmes difficultés, à faire également sculpter de petites poupées de bois. Elles les nommèrent Akua'ba (l'enfant d'Akua) en son honneur. (NB : pluriel Akua'mma). 

Dans les faits, les rites de poupées Akua'mma sont plus complexes. La poupée devant être portée certains jours, parfois déposée sur l'autel familial, la future mère devant également absorber des potions et se baigner ou se laver avec des infusions. Une fois l'enfant né, ce qu'il advient des poupées est très variable. Certaines sont données en signe de reconnaissance au guérisseur qui en a demandé la confection. Il les ajoute sur son autel, un nombre important étant le signe de son pouvoir. D'autres fois, elles sont données aux enfants comme jouet. On pensait aussi qu'une belle poupée influencerait la naissance à venir d'un bel enfant. Dans ces cas, l'Akwaba se devait d'être belle et scultée avec soin. Si la femme ne donnait pas naissance à un enfant, il est rapporté que parfois elle continuait à garder son Akua'Ba et était enterrée avec lui.

Ces poupées sont souvent achetées chez le sculpteur local par les pères ou les maris, mais peuvent aussi être sculptées des  mains mêmes de ces derniers.

Ces traditions sont révélatrices de la puissance de la foi dans la culture africaine et ce bien avant l'arrivée des religions chrétienne et musulmane. La majorité des ethnies étaient animistes et croyaient en l'existence de plusieurs divinités à qui chaque acte de la vie quotidienne était attribué,révélant ainsi la puissance de religions traditionnelles africaines qui encore perdurent dans certaines localités et parfois même au cœur des villes, pratiquées de concert avec l'islam ou le christianisme. La culture africaine revêt une importance non négligeable encore aujourd'hui car appartenant à l'essence même des peuples et déterminant toute sa culture ses us et traditions. Nous aurons l'occasion de revenir sur bon nombre de ces traditions qui ont toujours une incidence sur les choix de nos contemporains et sur certains rites encore pratiqués qui au--delà de leur beauté culturelle font de l’Afrique ce continent rempli d'histoire et d'originalité qui attise la curiosité des peuples étrangers.


Monica Kallla-Lobé.