• 05 / Dec / 2020
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Reportage: Le milieu de la sécurité :Les femmes peinent à gagner le respect qu'elles méritent

Les femmes sont bonnes partout a-t-on l’habitude d’entendre de part et d’autre. Quoi de plus vrai si l’on constate que des particuliers ou des organismes étatiques n’hésitent pas à leur confier des taches aussi importantes que la sécurité de leurs biens et la responsabilité d’assurer la protection de la vie humaine. Ces femmes, notre rédaction a fait leurs rencontres. Certaines assises droites comme des piques devant la devanture des maisons, d’autres devant des structures bancaires ou encore devant des supérettes. Pour en savoir plus sur leur quotidien de femme responsable de sécurité, le travail qu’elles font, les dangers qu’elles encourent au quotidien nous sommes allées voir certaines d’entre elles.

Il est 18 heures passé de 23 minutes aux Mamelles. Le quartier est certes bien calme mais les cents pas d’une femme armée, raisonnent sur le sol pavé d’une banque de la place. Vêtue d’un uniforme dans les teintes jaune et noir, Fatima Ba est à l’affut du moindre petit mouvement environnant la banque. Interpellée sur la durée de son métier elle répond machinalement tout en continuant ces cents pas « j’exerce le métier d’agent de sécurité depuis plus de 7 ans. C’est ici que je me sens à ma place, c’est dans ce métier que je me sens utile et au-delà des idéologies sexistes. » Pourtant l’on ne croirait pas que des femmes peuvent exercer un tel métier, d’ailleurs c’est surement ce qui explique le fait qu’on en  voit que très peu. Il apparaît donc que le recrutement des femmes dans les agences de sécurité ne doit pas être très aisé. Fatima n’en disconvient pas en tous cas. « J’avoue que mon recrutement n’a pas été facile. J’ai dû faire mes preuves parfois même plus que les hommes. J’avais l’impression qu’on me regardait tout le temps de haut. Ce n’était pas déstabilisant au contraire c’était plutôt motivant. Même mes supérieurs n’avaient pas confiance en mes capacités en tant que femme. Il ont tout fait pour que je parte de mon propre gré mais j’ai tenu bon jusqu’ici ». explique-t-elle.

 Si pour les femmes de la trempe et du caractère de Fatima, tenir bon pendant 7 ans dans cette jungle masculine qu’est la sécurité, pour celles comme Odette qui en sont au tout début de leur carrière d’agent de sécurité, ce n’est pas du tout évident. Tout comme Fatima, elle est aussi passée par des moments ou elle ne voyait que de l’obscurité. Pas la moindre petite étincelle de lumière ne venait lui illuminer le passage dans son métier de vigile surtout en sa qualité de femme mais surtout de mère de famille. D’ailleurs aussi incroyable que cela puisse paraître du haut de ces 23 ans, derrière son apparence de femme fatale tenant coûte que coûte à la sécurité des biens dans la supérette dont elle assure la sécurité, Odette est mère de deux bouts de bois de dieu. Au lieu d’être un handicap ils sont plutôt synonymes de motivation et d’énergie. « Mes enfants me réveille tous les jours à 5 heures du matin, a l’heure où ils doivent se préparer à rejoindre l’école, pour que j’aille monter la garde. Ils me font même mon petit déjeuner avec mon mari. Mon travail ne me pousse pas pour autant à oublier mon rôle de femme mariée. La preuve j’ai fait deux merveilleux bouts de chou à mon mari. »Ironise-t-elle.

 Néanmoins le monde de la sécurité reste un domaine de prédilection et de préférence pour les hommes. Etre une femme dans ce métier ne doit pas être une partie de plaisir pour celles-ci. Cela, parce que la crainte et le respect de l’autorité d’une femme au poste de vigile ne doivent pas être au rendez-vous pour la plupart du temps. La majorité des gens sont plutôt susceptible de faire preuve de dénigrement d’irrespect, et de remarques blessantes quant à la compétence d’une femme à effectuer un travail de ce genre. C’est du moins l’avis d’Oumy Bathily qui est dans le milieu depuis 13 ans, et qui affirme en avoir vu de toutes les couleurs avec toutes sortes d’individus. « Les gens d’habitude quand ils voient une femme en tenue d’agent de sécurité, ils ont plutôt envie de tester tes limites pour voir jusqu’ où tu peux rester professionnelle dans l’exercice de tes fonctions. Alors quand ce n’est pas de la provocation, ou le dénigrement, c’est de la méchanceté gratuite ou des actes de violence soit physiques soit verbales, ou encore des tests à en plus finir quant à tes compétences en tant que femme  d’exercer ce métier. » Se désole-t-elle.

Pourtant il n’y a pas de différenciation dans la formation que reçoivent les hommes ou les femmes désireuse de devenir vigiles. La formation est la même pour tous. Aucune forme de paresse ou de faute n’est tolérée ni pour les hommes ni pour les femmes. Alors il serait judicieux de se demander pourquoi teste-t-on les limites ou le professionnalisme des femmes qui montent la garde à certains endroits. Abdourahme Goudiaby, vigile aussi pense que cela est plutôt psychologique chez les gens car c’est très peu commun de rencontrer des femmes dans ce milieu. »La sécurité, selon la mentalité des hommes, des africains surtout, est un métier purement masculin. Pour certains hommes, c’est insultant de voire que leur sécurité et celui de leurs des biens est assurée par une femme. » Déclare t’il. Mademba quant à lui trouve cette attitude complètement puérile et sans fondement de juger les compétences de quelqu’un par rapport au sexe  « hommes comme femmes sont bons dans tous les domaines que ce soit. Le sexe n’est pas une raison suffisante pour juger des aptitudes de quelqu’un. Les femmes feraient même preuve de sérieux et de précision dans l’exercice de cette profession » décrète t’il.

Fatima, Odette et Oumy clament haut et fort leur déception et leur désillusion dans ce monde qui prône aux yeux de toute l’égalité des chances dans les recrutements, alors que la réalité est tout autre dans certains domaines ou l’homme est idéalisé. La faute aux traditions africaines, à la société ou aux lois de la vie sociale ou encore     à sa répartition inégalitaire de certains travaux ou les femmes n’auraient soit disant pas leur place, tout porte à croire que les réponses à ces questions ne seront jamais unanimes.

STG : AISSATA NDIAYE