• 10 / Aug / 2020
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WAX : RACONTES MOI TON HISTOIRE

Bonjour chers Followers, aujourd’hui nous allons nous pencher sur l’histoire d’un tissu très cher à nos contrées : le Wax. Ce tissu qui habille bon nombre de personnes actuellement et qui est désormais décliné en plusieurs créations et accessoires de la tenue traditionnelle ou moderne au mobilier de maison en passant par la salle de bain vit un véritable renouveau avec la création de modèles et motifs de plus en plus novateurs. Mais d’où nous vient donc ce tissu teint à la cire et dont la qualité exceptionnelle lui assure une côte sans accroc depuis tant d’années ? Comment a-t-il conquis l’Afrique et le monde ? Plongeons au cœur de ses fibres afin de rétablir la vérité sur sa provenance.
Il est très difficile de se lasser du très célèbre wax après plus d’un siècle d’amour tant ses couleurs vives et chatoyantes ainsi que la qualité de son tissu sont persuasifs et attractifs même pour les esprits les plus réfractaires aux motifs traditionnels et ethniques. Ces pièces de coton imprimées des deux côtés tirent leur nom de l’ingénieuse technique à base de cire permettant de mieux fixer les couleurs. Elles ont gagnées toute l’Afrique et se généralisent également dans les pays occidentaux et sont en train de révolutionner le monde de la mode, du design et de la décoration d’intérieur. Voilà, en somme ce qui pourrait caractériser le wax aujourd’hui. Mais qu’en est-il réellement de ses origines ?
Certains récits sur l’histoire de ce tissu expliquent qu’il proviendrait d’Indonésie. A la fin du 19e siècle, des colonisateurs anglais et hollandais s’inspirent du batik javanais et imprime sur cette nouvelle étoffe des motifs très colorés et séduisant les Africains.
L’idée aurait en premier lieu plu aux soldats ghanéens qui combattent pour la force coloniale hollandaise, qui convoite Java, Bornéo et Sumatra. Des Africains de cette même origine, qui sont postés dans ces îles pour travailler dans des commerces hollandais, auraient aussi flairé la bonne affaire. A l’heure du départ, ils rentrent chez eux les valises pleines du nouveau tissu. L’occasion de constater que leur intuition était juste : les couleurs vives et les dessins plaisent énormément.
Les fabricants européens exportent alors vers le Ghana, qui devient le détenteur du marché dans tout l’Ouest de l’Afrique. « Une compagnie hollandaise qui avait des comptoirs en Afrique a envoyé du wax au Ghana. Les gens étaient vraiment très intéressés par ce nouveau tissu aux couleurs et motifs révolutionnaires. Les commerçants des alentours se rendaient même à Accra pour s’approvisionner développant ainsi le commerce du wax dans toute la sous-région.
L’impérialisme du Ghana sur le Wax prend fin du fait du Président Kwame N’Krumah qui dans les années 60 fait construire une usine de textile et mets en place des droits de douanes prohibitifs envers les exportateurs de wax européens. Dans ce fait, ils ne pouvaient plus vendre leurs produits aussi avantageusement qu’auparavant et décident donc de se tourner vers les commerçants Togolais, qui eux acceptent ces nouvelles conditions. L’engouement pour le tissu s’étend alors progressivement tout le long de la côte Atlantique en Afrique Centrale jusqu’en République Démocratique du Congo, fixant les prémices d’une longue histoire d’amour entre les Africains et ce tissu venu d’ailleurs. Les compagnies de wax hollandaises, asiatiques ou anglaises, font une concurrence féroce et parfois déloyale aux petites productions locales. Elles réussissent cependant à déjouer leurs propres lacunes comme la longueur du temps de production et son coût élevé, en produisant plus rapidement et remportant de nombreux et meilleurs marchés grâce aux économies d’échelles.
Le pagne en wax n’est plus seulement un vêtement, mais un instrument de référence, un signe de reconnaissance sociale ou ethnique un symbole reconnu et admis par tous. Il est décliné en plusieurs qualités afin de permettre aux moins nantis de pouvoir se le payer. Les grands événements de la vie : fiançailles, mariage, cérémonie de baptême, de confirmation, cérémonie de fin d’apprentissage, anniversaire, funérailles, fêtes nationales… sont marqués par la « sortie » d’un nouveau modèle dont on garde précieusement un échantillon en souvenir. Un modèle marque l’appel du 18 juin 1940, un autre, l’accession du Bénin à l’indépendance, tous les autres pays de l’Afrique de l’Ouest passent la même commande, un autre encore, la visite du Général de Gaule en Afrique. Divers noms sont donnés aux modèles sortis, toute provenance confondue : « Tu sors, je sors », sur ce modèle, on voit un oiseau sortir d’un nid et un autre prêt à le suivre ; « Feuilles de piment », le motif est d’un fond jaune avec des feuilles ; « Mon mari est capable », « Ton pied mon pied », « Fleur d’hibiscus » « Quand femme passe les hommes trépassent », « L’œil de ma rivale », « Z’yeux voient, bouche parle pas »… Les femmes élégantes du Togo, du Bénin, d’Abidjan… rivalisent d’imagination pour baptiser le dernier modèle qu’elles convoitent, et d’ingéniosité pour être la première à le porter.
Malgré ce succès foudroyant, le pagne wax connaît un léger déclin dans les années 80. Les jeans et les tee-shirts « made in China » ont commencé à envahir le marché ouest africain. Petit à petit, les jeunes et certains adultes se détournent du pagne wax qui coûte excessivement cher. La concurrence étrangère envahit le marché bien souvent grâce à la complicité des services de douane. Ce n’est que grâce à la styliste béninoise Gisèle Gomez qui va lancer la mode du wax en créant un grand nombre de vêtements à partir de ce tissu que le wax va retrouver le chemin des couturiers de ces dames devenant ainsi un tissu indémodable et très recherché par la création de motifs divers et variés qui sont de plus en plus demandé actuellement et faisant leur apparition dans tous les domaines qui peuvent user de sa gloire. Il apparait également sur les tapis rouge à l’occasion d’événements culturels majeurs porté par des stars telles que Nicole Kidman ou Lupita Nyongo ou lors de défilés haute-couture par des mannequins de renommée internationale. Plus récemment, de nouvelles créations en font usage pour habiller le mobilier ou du linge de maison donnant ainsi une touche de fraîcheur originale à un intérieur qui se dévoile personnalisé.
L’on peut donc dire que le Wax a encore de beaux jours devant lui et que très certainement dans les années à venir séduira de plus en plus de pays et peut être même pourquoi pas conquérir l’Asie et le Moyen-Orient.

Monica Kalla-Lobé.